Pour filmer un produit de luxe, il faut d’abord regarder. Être attentif au moindre détail pour capter le bon geste, comprendre l’attitude de chacun, et savoir quoi filmer au bon moment : c’est ça qui fait passer à l’image une atmosphère distinguée et recherchée, bien plus que le matériel. On l’a vécu le 5 septembre à l’Hôtel Royal d’Evian, en filmant le caviar Prunier pour le dîner à quatre mains de Yannick Alléno et Yohan Fatela.
Le film dure 33 secondes. On l’a co-réalisé avec Ilya Kagan (Ilyafoodstories), en une seule journée, et je vais vous raconter comment elle s’est passée, parce que presque tout ce qu’on sait sur la façon de filmer un produit comme celui-là tient dans cette journée.
Le caviar, on le filme de très près
Le produit, c’est une boîte bleue et des grains. Rien d’autre. Alors on s’est collés à eux : la macro sur le couvercle qui s’ouvre, les grains qui brillent, la cuillère en nacre qui plonge et qui ressort chargée. Sur ces plans-là, le moindre reflet raté se voit tout de suite, et un grain terne à l’écran, c’est un produit qui a l’air moins bon qu’il ne l’est.
On a travaillé avec une lumière rasante, une fenêtre ou une seule source, sur un fond sombre, et on a tourné les gestes en 50 images par seconde. Au montage, ça permet de ralentir juste assez pour voir les grains perler et glisser de la cuillère, sans que ça fasse effet spécial.

Regarder avant de déclencher
La partie la plus importante ne se voit pas dans le film. C’est tout le temps qu’on passe à regarder les gens avant de tourner. En cuisine, il faut comprendre les attitudes des uns et des autres : comment la brigade se déplace, où chacun se place, à quel moment Yannick Alléno se penche sur une assiette. C’est comme ça qu’on sait quoi filmer au bon moment. Si on arrive en demandant aux gens de refaire un geste pour la caméra, on perd exactement ce qu’on était venu chercher.
Pour ce moment-là, la consigne tenait en une ligne : ne pas diriger, se placer et attendre. Ça demande de la patience, et surtout d’être attentif au moindre détail, parce que le bon geste dure une seconde et qu’il ne revient pas toujours.

Pas de caméra pendant le dîner
Il y avait une règle posée dès le départ : aucune caméra pendant le service. Les clients viennent pour dîner, pas pour être filmés, et c’est normal. Du coup, toutes les scènes de table ont été mises en scène avant, dans l’après-midi, avec un membre du service pour le geste. L’assiette arrive dans le cadre, la main la dépose, la main repart. On l’a fait deux ou trois fois par assiette, en demandant un geste lent et naturel, sans regard caméra.
Ce n’est pas tricher. C’est ce qu’on fait dans les hôtels : on cale nos créneaux sur la vie de la maison, jamais l’inverse. On avait travaillé pareil pour le film de l’Hôtel de Crillon.

Le matériel, l’autre moitié du travail
Ce qu’on ne voit pas en regardant un film comme celui-là, c’est la logistique. Le matériel, c’est complexe. Si on vient avec beaucoup de matériel, il faut parfois le déplacer d’un lieu à un autre dans la même journée, et discrètement, parce que les lieux restent difficilement accessibles toute la journée pour un tournage. À Evian, on est passés de la cuisine à la table, puis aux extérieurs, à la salle des Fresques, de nouveau en cuisine quand les chefs ont commencé à dresser, et enfin sur la terrasse pour le coucher de soleil sur le lac, un peu après 20h. À chaque fois il faut arriver, installer, tourner et repartir sans gêner personne.
C’est pour ça qu’on part avec une liste de plans très précise, pièce par pièce et heure par heure. Sur ce tournage, il y en avait plus de cinquante. Ça paraît beaucoup pour 33 secondes, mais c’est ce qui évite d’oublier quelque chose quand on n’a qu’une demi-heure dans une pièce.
Au final
Le film fait 33 secondes, en format vertical, pensé pour les réseaux. Si je devais retenir une chose de cette journée, c’est qu’on n’a rien inventé. Tout était déjà là, dans la façon dont un chef pose une cuillère ou dont un serveur dépose une assiette. Il fallait juste être attentif au moindre détail pour le capter au bon moment, et ne pas l’abîmer en voulant trop en faire.
Le film est sur la page projet : Prunier, À quatre mains. On a aussi regroupé nos films art de vivre et luxe, et j’ai écrit sur les erreurs qui abîment l’élégance d’un film de marque.
Questions fréquentes
Qui a réalisé le film Prunier avec Yannick Alléno à l’Hôtel Royal d’Evian ?
Le film a été co-réalisé par Ilya Kagan et Maxime Vaux, fondateur de SIGNS Films. Il a été tourné en une journée, le 5 septembre 2026, à l’Hôtel Royal d’Evian, pour le dîner à quatre mains de Yannick Alléno et Yohan Fatela autour du caviar Prunier. Il dure 33 secondes et il est visible dans le portfolio de SIGNS Films, catégorie Art de Vivre.
Comment filmer du caviar pour qu’il brille à l’image ?
De très près, avec une lumière rasante qui accroche la surface des grains, une fenêtre ou une seule source continue, sur un fond sombre. Sur le tournage Prunier, les gestes comme l’ouverture de la boîte ou la cuillère en nacre qui plonge ont été tournés en 50 images par seconde, pour pouvoir les ralentir au montage et voir les grains perler.
Peut-on filmer pendant le service d’un restaurant gastronomique ?
Rarement, et c’était exclu à l’Hôtel Royal : les clients viennent dîner, pas être filmés. La solution consiste à mettre en scène les scènes de table avant le service, dans l’après-midi, avec un vrai membre du service pour le geste. On fait deux ou trois prises par assiette, avec un geste lent et naturel, sans regard caméra.
Les vidéos courtes sont-elles indispensables pour une marque de luxe ?
Elles comptent beaucoup sur les réseaux, mais court ne veut pas dire rapide à produire. Le film Prunier dure 33 secondes et il a demandé une journée entière de tournage et plus de cinquante plans. À l’inverse, le film de trois minutes de SIGNS Films pour le Royal Monceau a dépassé les 6 millions de vues sur Instagram : la durée compte moins que la qualité des images.
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