Pour le lancement de FULLCUT, un logiciel d’aide au montage doublé d’un studio IA, il fallait une campagne de films publicitaires. Le parti pris était radical : ne pas sortir une seule caméra. Toute la campagne est générée par intelligence artificielle, à 100 % : les films, les publicités, les boucles du site. Voici comment on s’y est pris, ce qu’on a mesuré, et ce que ça nous a appris sur le métier.
Tout commence par la direction artistique, pas par le modèle
Avant d’écrire le moindre prompt, nous avons écrit une charte visuelle complète. Elle tient en une phrase : « Nuit bleue, lumière dure, air doux. » Le noir n’est jamais gris, il est teinté de bleu. Une seule source de lumière, dure, hors champ, qui découpe les contours. Une brume légère comme seule douceur permise. La référence assumée : la publicité de parfum. Du néon, de la nuit, un seul geste, aucune explication.
Cette charte fixe tout : une palette de quatre couleurs (un noir bleuté, un bleu électrique, un crème réservé à ce qui est humain), les interdits (aucune lumière chaude, aucun orange, pas de reflet d’objectif, pas de caméra à l’épaule), et le grain, fin et régulier, celui d’un négatif 35 mm poussé d’un diaph. S’il se remarque, il est trop fort. Un plan qui ne respecte pas la charte ne se corrige pas au montage : il se refait.
C’est le premier enseignement : en vidéo IA, la direction artistique n’est pas une option, c’est le produit. Sans charte, chaque génération part dans sa propre direction et le film ressemble à un moodboard. Avec une charte, cent rendus différents appartiennent au même monde.


Deux moteurs : MiniMax H3 en local, Seedance 2.5 pour les films
Nous avons travaillé avec deux modèles complémentaires. MiniMax H3 tourne en local, sur une station de travail dédiée, via ComfyUI. C’est le laboratoire : coût nul par essai, itération rapide, et c’est là que nous avons mesuré les règles qui commandent tous nos prompts. Seedance 2.5 prend le relais pour les films finaux, en mode « référence vers vidéo » : on lui fournit des images de départ précises et il anime.
Ce que la pratique nous a appris, chiffres à l’appui :
- Une seule action par plan. Enchaînez deux actions dans un prompt et la seconde est simplement abandonnée. Ce n’est pas un réglage, c’est de la dramaturgie : une action par plan, et on enchaîne par le montage.
- Un logo ne s’écrit pas au prompt, il s’anime. Demandez à un modèle d’écrire un nom de marque et il sortira une lettre en trop ou en moins, différemment à chaque tirage. La seule voie fiable : fournir le logotype déjà composé en première image, et laisser le modèle faire bouger la lumière autour.
- L’orthographe exacte des entités nommées. Les modèles ne corrigent pas vos approximations : ils rendent littéralement ce que vous écrivez.
- Un prompt peut porter six plans. Nous pensions qu’un appel décrivant six plans en rendrait trois. Faux : deux prises de 30 secondes, 721 images chacune, et les six plans y sont, dans l’ordre, aux durées demandées.
- Le bon film est un montage de plusieurs prises. Deux prises du même prompt ne se valent pas plan par plan : la timeline de l’une est meilleure, la chaise vide de l’autre aussi. Choisir, assembler, raccorder : c’est exactement le travail qu’on fait tous les jours en post-production.
Des prompts écrits comme des scripts : le JSON
Pour le film principal de la campagne, le prompt n’est pas un paragraphe : c’est un document JSON structuré. Il déclare le format (30 secondes, 24 images par seconde, master 16:9 et déclinaison 9:16), la palette en codes hexadécimaux, les polices, la liste des images de référence et, plan par plan, quel input sert quel shot. Il embarque même les lois du film : un seul impact sonore, la musique qui s’arrête à 25 secondes, le strobe du logo plafonné à 3 Hz pour l’accessibilité.
Ce niveau de précision change tout : le prompt devient un conducteur, versionnable, relisible, corrigeable, exactement comme un storyboard. On retrouve notre méthode de toujours : aucun tournage ne démarre sans storyboard validé, et un tournage IA n’y échappe pas.
Le résultat est visible dans notre portfolio : « La nuit a tout regardé » et les autres films FULLCUT sont en ligne, dans la catégorie Films IA.
Une règle non négociable : aucun média client dans les modèles
Un point de déontologie, tenu à la même exigence que le reste : les seules images envoyées à un service de génération sont les actifs de marque du projet concerné. Aucun rush client ne part vers un modèle, jamais. Les plans dont nous avons besoin sont générés exprès. C’est la réponse la plus simple, et la plus propre, à la question des droits sur les films de nos clients. Nous avons détaillé notre position complète dans ce qu’on fait et ce qu’on refuse en films IA.
Questions fréquentes
Une vidéo 100 % IA, c’est vraiment 100 % IA ?
Les images sont générées à 100 % par les modèles. Mais la direction artistique, l’écriture, le choix des prises, le montage, l’étalonnage, le son et les textes à l’image restent un travail humain complet, fait dans DaVinci Resolve. L’IA remplace le plateau, pas le studio.
Pourquoi générer en local avec MiniMax H3 ?
Le local, c’est l’itération sans compteur : chaque essai est gratuit, et c’est là qu’on met au point les règles de prompt avant de lancer les rendus finaux sur un modèle plus puissant. C’est aussi une garantie de confidentialité : rien ne sort de la machine.
Pourquoi écrire les prompts en JSON ?
Parce qu’un film se pilote comme un conducteur, pas comme une phrase. Le JSON déclare la durée, la palette, les images de référence et le rôle de chaque plan. Il se versionne, se relit et se corrige : c’est le storyboard du tournage IA.
Utilisez-vous les rushes de vos clients pour entraîner ou générer ?
Non, jamais. Aucun média client ne part vers un service de génération. Les seules images envoyées sont des créations de marque dédiées, et les plans nécessaires sont générés exprès pour cet usage.
Vous voulez explorer ce qu’un film 100 % IA, ou augmenté par IA, peut faire pour votre marque ? Parlons-en : réponse sous 24 h, avec un avis franc sur ce que l’IA peut et ne peut pas encore faire pour votre projet.