Dans les châis de Rémy Martin : comment on filme ce que les mots ne suffisent pas à raconter

Il y a des projets qui changent la façon dont on pense la production vidéo. Rémy Martin en fait partie.

On nous avait briefés sur les produits : XO, VSOP, Tercet, Club, 1738. Cinq expressions, cinq univers, cinq films à concevoir. Ce qu’on n’anticipait pas, c’est que les châis eux-mêmes allaient tout changer.

Arriver avant la lumière

Le premier matin à Cognac, on était là à 5h30. Pas parce que le planning l’exigeait. Parce que la lumière de l’aube dans les châis de vieillissement — cette lumière filtrée par les barriques, légèrement ambrée, légèrement poussiéreuse — n’existe que pendant une vingtaine de minutes.

C’est ça, filmer le luxe artisanal : accepter que la matière impose son rythme. Pas l’inverse.

On a attendu cette lumière. On l’a capturée en LogC4 sur ARRI Alexa 35. Et dans l’étalonnage, trois semaines plus tard, on a passé une journée entière à retrouver exactement cette température de couleur — entre l’or vieilli et le cuivre chaud.

La main du maître de chai

Filmer le savoir-faire, c’est filmer des gestes. Des gestes répétés des milliers de fois, jusqu’à ce qu’ils deviennent invisibles pour celui qui les fait.

Le maître de chai de Rémy Martin n’y pensait plus. Il goûtait, il humait, il décidait. En quelques secondes. Avec une certitude tranquille.

Notre réalisateur a passé deux heures à l’observer avant de sortir la caméra. À comprendre à quel moment il fermait les yeux. À quel moment son expression changeait. Quel était le plan qui dirait tout sans avoir besoin d’une voix-off.

Ce plan — un plan fixe de 11 secondes, la main qui tient le verre, la lumière qui traverse le cognac — est devenu le cœur de la campagne XO.

Ce qu’on n’avait pas prévu

On pensait tourner des films sur le cognac. On a en réalité tourné des films sur le temps.

Le temps qu’il faut pour vieillir un Grande Champagne. Le temps qu’il faut pour former un maître de chai. Le temps qu’il faut pour qu’une maison devienne ce qu’elle est.

Cette prise de conscience a changé notre approche narrative. Plutôt que de suivre un processus de fabrication, on a choisi de suivre une transmission. Du fondateur aux équipes actuelles, des gestes d’hier à ceux d’aujourd’hui.

Les leçons de cette production

Le silence est un plan. Dans un film sur l’artisanat, les moments sans parole, sans musique, juste avec le son du bois et du verre, sont souvent les plus puissants. On a résisté à l’envie de tout habiller musicalement.

Le lieu est un personnage. Les châis de Rémy Martin ont une présence. Une odeur qu’on ne peut pas filmer mais qu’on peut suggérer — par la mise en scène, par les matières à l’image, par le rythme du montage. On a travaillé pour que le spectateur sente le cognac, pas seulement le voit.

La confiance prend du temps. Rémy Martin ne nous a pas laissés entrer d’emblée dans leurs espaces les plus intimes. Cette confiance s’est construite, au fil des échanges, des story-boards partagés, des compromis trouvés ensemble. Le film final n’aurait pas existé sans cette relation.

Ce qu’il reste

Ces films circulent depuis plusieurs années maintenant. Ils ont été utilisés en flagship store, en présentation aux marchés internationaux, sur les canaux digitaux des maisons du groupe.

Certains plans sont devenus des images de référence pour la marque. Ce n’est pas nous qui le disons — c’est Rémy Martin qui nous l’a dit, en nous recontactant pour la campagne suivante.

C’est ça, la durée de vie d’un film bien fait.

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